E . P I . D Ɛ ʁ M

De l’archéologie à la poésie des Corps

E.PI.DƐʁM

De l’archéologie à la poésie des Corps

Avec ce projet, je propose d’interroger l’histoire de l’art de la représentation des corps en produisant des œuvres en bronze à l’esthétique de vestige. Ces œuvres sont créées exclusivement à partir de jumeaux numériques de corps humains communément jugés en dehors des hors normes et/ou dit “tératologiques”.

Le corps que l' on remarque n'est ni beau ni laid, il est celui que l'on remarque par son étrangeté à nous même. Ce travail vise a interroger le.la spectateur.trice sur ce qu' il.elle voit et pas sur ce qui lui est montrer.

Ces créations ne visent pas à invisibiliser ces sujets mais à leurs offrir la place qui est la leur, dans l' espace publique, les collections, les musées, l’histoire de l' art. Il s'agit ici de s'affranchir de toutes préconceptions sur le corps montré et qu'il ne reste plus que l' œuvre.

Dans cette recherche et cette création je suis accompagné d' archéologues qui travaillent sur chaque œuvre de la même manière que si il.elle avait trouvée lors d'une fouille, retraçant l' histoire et la vie du sujet , cela complétant le caractère poétique du projet.

Les bronzes sont produit par des fontes selon la technique de la cire perdue par La Fonderie d’Art ROSINI.

Ce Projet est rendu possible grâce au soutien de la Direction des Affaires Culturelles de la Martinique

Olympe et callipyge

Un vestige

Nous sommes face à son dos. Debout, elle semble s’élancer. La colonne pousse tout le corps en avant, et les fesses, en retrait, en dégorgement amplifié, suivent et s’élancent, elles aussi.  Le creux de sa colonne vertébrale rebondit de part en part en des plis successifs. Voici les signifiants d’une femme, d’une femme callipyge. Seules ses fesses sont présentes en leur anatomie complète, nulle tête, nulles jambes, bras, pieds, mollets, chevilles, mains, épaules, nulles côtes complètes, pas de ventre, de poitrine, de clavicule, de cou. Que dire d’un visage. Aucun poil n’est singé, rien que les plis et les expires d’une peau. 

De profil, c’est une ligne serpentine qui découpe longitudinalement l’arrière d’un corps. Du milieu de la cuisse au démembrement épars de ce qui devraient être ses épaules, voici une bribe de femme, le développement corporel tronqué d’une figure. Seul l’arrière de son tronc existe, le reste n’est qu’air ou imagination. Sa silhouette, si elle n’était pas ciselée, rendrait visible l’avancée de sa poitrine.

Le métal, feuille martelée dans l’espace, est une ligne de cimes prise en vue verticale. Moulées de cuivre, les formes arrière du corps callipyge et leur éclatement dans l’air poussent cette silhouette vers un dépassement des durées. Elles nous projettent dans une forme singulière de vestige, de hiatus dans les âges de l’histoire de l’art. Georges-Emmanuel Arnaud est l’auteur de ce vestige. Un vestige qui n’a pas connu l’enfouissement de la boue, de la terre ou de la mer, mais celui simple des yeux fermés. Il offre à ce dos de femme une patine et une découpe qui nous parle de déité. Une déité qu’il crée aujourd’hui, à partir d’un corps réel dont les images sont composées en une réalité virtuelle. Puis ce dos retrouve le chemin d’un classicisme antique, d’un moulage de métal précieux posé sur socle. 

Un nu
Des courbes se démembrent, sans se refermer les unes sur les autres. Des cassures, et des usures que le temps offre de coutume aux sculptures des artistes classiques, voici ce que dicte cet éclatement formel.
Alors de bronze, alors défait, ce portrait de dos serait-il devenu un nu ? Le moule d’une chair de femme aurait-il sa place aux côtés des dieux incarnés ?  

Elle n’est pas encore tout à fait une essence, elle est en train de le devenir, n’avance-t-elle pas fièrement vers l’éther ? Des nus tombent de l’Olympe, codent les idées, les élans méditerranéens, ils calibrent la géographie de l’au-delà par leurs formes, courbes, attributs. Une femme callipyge est remontée auprès d’eux. Le dos d’une femme. Son épiderme. Ses fesses et son derme, voici ce que ce nu garde de corporel. 

Laetitia Bischoff

Processus créatif

Processus de Fabrication

Ce Projet est rendu possible grace au soutien de la Direction des Affaires Culturelles de la Martinique

Un grand merci à mes partenaires :

Creaform – L’impression 3D grandes dimensions au service des artistes, des artisans et des industriels
La Fonderie d’Art ROSINI – Des fontes selon la technique de la cire perdue
Laetitia Bischoff – Doctorante en sciences de l’art – Critique d’art AICA – Chroniqueuse en art contemporain