SÉQUENCES ÉPHÉMÈRES

Une danse peut-elle exister si plus personne ne la voit, ne la regarde?

Séquences Éphémères

Une danse peut-elle exister si plus personne ne la voit, ne la regarde?

“Études de Mouvements : Séquences Éphémères” est un projet de recherche sur ce que produisent les corps en mouvements. Il questionne leurs postures, lignes, couleurs, productions matérielles et immatérielles dans l’ espace et dans le temps. Pour cela nous avons choisis d’étudier les pratiques musico-chorégraphiques de Martinique et de l’espace Caraïbe mêlent chants, musiques, danses et contes dans leurs exécutions.

Nous partirons de l’espace Caraïbe puis extrapolerons notre réflexion vers les influences européennes, africaines, américaines et asiatiques pour les confronter et les mettre en parallèle entre elles mais aussi face à celles d’autres espaces géographiques.

Cette recherche et cette création s’inscrivent dans l’héritage de documentation entamé par Eadweard Muybridge en 1870 et qu’il immortalise dans sa série de livres The Human Figure in Motion  ainsi que celui de Gjon Mili qui produit dès 1940 une série d’oeuvre en “light painting” capturant des dessin dans l’espace de Pablo Picasso, le mouvement Jascha Heifetz jouant de son instrument ou celui d’une patineuse artistique.

Ici pas de chronophotographie, pas de stromboscope ou de lampes attachées au corps en mouvement, pour mener à bien cette démarche, nous utiliserons les technologies les plus avancées, à la manière de Muybridge et de Mili qui, eux, utilisaient la photographie encore balbutiante pour la captation du mouvement de leurs sujets.

Eadweard Muybridge parlait de zoopraxographie, littéralement “Description de la locomotion animale”, ici nous adapterons son concept à notre sujet en parlant d’anthropopraxographie, “Description de la locomotion des hommes”.

Grâce à un processus d’analyse basé sur un protocole comparatif entre danse, chant et texte, nous interrogerons les échanges proposés lors d’une pratique dansée : Qui lance cette conversation? Comment est-elle alimentée, maintenue, entretenue mais aussi close? Nous interrogerons aussi la place du point de vue. Quelle est l’importance du lieu où on se place? Entre le danseur et celui qui regarde? L’axe depuis lequel on observe le mouvement déplace t-il jusqu’à notre sensation et donc notre plongeon dans la discussion amorcée lors de l’exécution de la pratique? 

Finalement nous confronterons le caractère possiblement abstrait du sujet en mouvement et cette traduction du mouvement en une nouvelle abstraction visuelle à un procédé d’analyse du mouvement. Nous choisirons celui établi par Nicole HARBONNIER sur l’analyse qualitative du mouvement en danse. Il permettra d’offrir un vocabulaire spécifique et précis pour parler des subtilités des mouvements et identifier ce qui distingue les différentes versions du Bèlè du Gwo Ka afin d’ avoir, une écriture et une lecture scientifique pouvant nous extraire de ces abstractions.

C’ est en captant chacune de ces séquences, éphémère par nature, que pouvons-nous mettre à jour qui est à ce jour invisible, inaudible ou indicible?

Poursuivant les héritages d’Eadweard Muybridge et de Gjon Mili, nous perfectionnerons et modifierons, à leurs manières, nos outils numériques en fonction des sujets, des conditions de captation auxquelles nous serons confrontés afin de documenter les danses choisies et que la recherche, les nouvelles techniques de développement et les technologies existantes soit au service de la documentation, de la création et de l’analyse.A la manière de Gjon Mili nous produirons des images visant à matérialiser le mouvement cinétique des sujets traités, écrire avec la lumière pour mettre en lumière. Traduire par cette écriture:  une force, une texture, une intention, un début, une fin,vu, pour être lu, et transmis.

Et suivant le protocole de recherche qualitative développé à l’Université du Québec à Montréal par Nicole HARBONNIER nous serons à même d’établir le lien entre ce qui est regardé, vu et perçu et transmis lors d’une séquence ephemere. Ces enregistrements multidimensionnels nous permettront enfin d’inscrire ces pratiques et ces rapports au corps , omniprésent dans les cultures des caraïbes, dans le  grand mouvement mondial de sauvegarde et de partage des patrimoines. 

Nous voulons à travers ce projet mettre à jour un monde.

Un monde en mouvement.
Un mouvement du monde.
Des séquences de mouvement.
Dans l’espace et dans le temps
Existant de façon éphémère. 

Révélé un monde.
Un pan de culture à travers des technologies neuves.

Notre volonté est de faire vivre ces répertoires en dehors de leurs caractères de danse régionale, traditionnel, folklorique ou ancestrale, de proposer une valorisation et une pédagogie innovantes.

 

Georges-Emmanuel ARNAUD
Artiste photographe, Artiste CGI

Ce Projet est rendu possible grace au soutien de :

Direction des Affaires Culturelles de la Martinique
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– ANISOTROPIE –