
Dans la grande salle de daphne, un mur entier d’herbe. Posés dessus, des bisons perlés, chacun dans son ovale jaune canola. C’est Ionkwá:re aiakwaten’nikón:raren / Prenons soin / we tend to care, l’exposition de Carrie Allison, sous le commissariat de Franchesca Hebert-Spence.
Carrie Allison est une artiste nêhiyaw et métisse. Elle vit à K’jipuktuk, en Mi’kma’ki (Halifax), et ses racines maternelles sont autour de High Prairie, en Alberta. Son geste, c’est la perle.
Une pelouse, perle après perle
Elle regarde ce qu’on ne regarde plus : la pelouse. La tondre, l’entretenir, la garder « propre » parce que la loi et le voisinage l’exigent. Un geste banal, qui raconte pourtant la propriété, le travail, et des terres prises.
Elle y répond par le geste le plus lent qui soit. Portraits of Grass fixe, brin par brin, le trèfle arraché de sa cour. First Family, perlé en cercles qui grandissent, rend hommage aux plantes médicinales de son territoire matrilinéaire.

they built fields of grass on sawdust: poplar pose des carrés de gazon perlé sur des socles en peuplier, alignés comme les parcelles de l’arpentage qui découpent encore le Canada. Nuclear Turf laisse l’herbe muter et couler jusqu’au sol, du vert sec au vert acide.


Les bisons, eux, viennent de la chronophotographie d’Eadweard Muybridge, Buffalo Running (1883).

Infos
Jusqu’au 18 décembre 2026, chez daphne, 5425, avenue Casgrain, local 103, Tiohtià:ke/Montréal. Du lundi au samedi, de 12 h à 17 h.
Carrie Allison expose aussi au Musée McCord Stewart : askōhtēskanohwē, jusqu’au 28 février 2027, dans le cadre de la Biennale d’art contemporain autochtone.
Merci à Carrie Allison, à Franchesca Hebert-Spence, et à Lori Beavis et l’équipe de daphne.