Portrait en noir et blanc de Georges-Emmanuel Arnaud, lunettes et t-shirt noir.

Je vis et je travaille au Vauclin, en Martinique. Ce territoire est à la fois mon lieu de vie, mon terrain de recherche et mon espace d'expérimentation. Il encadre mon travail ; il ne le définit pas.

Après avoir appris la photographie à Paris, au lycée Brassaï, en photographie scientifique, j'ai travaillé près de vingt ans avec les grands noms de l'image, à Paris et dans le monde : assistant et retoucheur d'Humberto da Silveira, quatre ans dans l'édition chez Robert Delpire, retoucheur de Sarah Moon depuis 2007, et pour Vogue Italia, Numéro, Dior Homme, Chanel Joaillerie ou les campagnes Giorgio Armani.

Puis j'ai tourné ces outils vers ce qui m'entoure : les patrimoines de la Caraïbe, souvent peu documentés mais vivants. Les vestiges archéologiques et les traces d'architecture, autant que les gestes, les danses, les musiques et les récits. La photographie, la 3D, le scan, la capture de mouvement ne sont pas des fins : ce sont des façons d'observer, de garder, de transmettre et de remettre en mouvement.

Aujourd'hui, je cherche : j'archive les danses et les musiques caribéennes par la capture de mouvement, et j'accueille des artistes en résidence à 150 m d'altitude, dont je suis l'hôte et le commissaire. Je crée : sculpture, photographie, retouche. Je transmets, de l'école primaire à l'université. Et je bâtis les structures qui font durer le travail, une association, un studio, un service de capture, pour que les compétences qui existent ici n'aient plus à partir.

Ce travail repart vers le monde. En 2026, je l'ai porté à l'Arctic Arts Summit à Umeå, dans une table ronde sur un réseau de diffusion entre le Sápmi et la Caraïbe, à MTL connecte à Montréal, avec la délégation internationale, et au NAD. En 2025, j'étais commissaire invité de Montréal Connect.

Chercher, partager, archiver, recommencer.

Je regarde à travers l'outil. La capture de mouvement est un outil de recherche : avec Séquences Éphémères, elle archive les danses, les musiques et les gestes de la Caraïbe, là où le texte ne suffit pas. La résidence est un outil d'accueil : à 150 m d'altitude, j'invite des artistes, je crée avec eux, j'en suis l'hôte et le commissaire.

Ne pas laisser les espaces vides : vides de personnes, vides de science, vides de conscience.

Parler, pour faire entendre une autre voix. Et, au milieu de ceux qui parlent, écouter pour entendre un autre sens. À l'Arctic Arts Summit, à MTL connecte, au NAD.

De ce que l'on garde à ce que l'on fait disparaître.

De la haute couture à la création de vestiges. Vingt ans à retoucher les images des autres pour la mode et le luxe, jusqu'aux campagnes photographiées par Sarah Moon : faire disparaître le défaut.

Dans mes images, je le garde : avec Damage Unserene Glamour, l'argentique et le Polaroid, le grain, l'accident qu'on ne rejoue pas.

Et avec Le Corps Monstrueux, des vestiges en bronze excavés de leur moule. La photographie comme lien entre le présent et un passé qui n'est jamais arrivé.

Expositions : Studio Lumina, Fondation Clément · Commandes : Vogue Italia, Numéro, Dior Homme, Valentino, Chanel Joaillerie

Un geste se transmet d'un corps à l'autre.

Les gestes qu'on enregistre ne tiennent dans aucun texte : ils passent d'un corps à l'autre. Archiver ne suffit pas ; il faut que quelqu'un reprenne le geste, et le porte plus loin.

Avec la Mocap Week, on forme à la capture de mouvement, de l'école primaire à l'université : ateliers, formations techniques, performances en direct. On ne regarde pas la technologie de loin : on passe derrière l'écran, et dans la combinaison.

Avec Archéologie Caraïbes, le patrimoine matériel devient manipulable : photogrammétrie, scan laser, scan NIR. Ce qu'on ne pouvait que regarder derrière une vitre, on peut le tourner, le mesurer, le partager.

Ateliers · formations techniques · actions dans les écoles · médiation du patrimoine

Bâtir ici ce qui se faisait ailleurs.

Une idée ne dure que si une structure la porte. Alors je bâtis, culturel ou commercial, lucratif ou non, avec une même raison d'être : que les compétences qui existent ici n'aient plus à partir.

ANISOTROPIE, l'association arts, sciences et technologies, porte la recherche et la transmission. SOLIBO Studio propose la capture de mouvement comme un service : corps, mains, visage, de la prise au fichier. Studio Karea, au Vauclin, est le lieu où l'on se retrouve pour travailler.

Et Cariality Studios produit en Martinique ce qui se produisait ailleurs : jumeaux numériques, temps réel, réalité virtuelle, pour des commanditaires et pour nos propres titres, comme Detective Philibert, une enquête dans la Martinique des années 1890.

Studio Karea 2008 · ANISOTROPIE 2018 · CARIALITY 2021 · SOLIBO 2023

Ce que je lance, et ce qui me manque pour le faire.

Certains projets ne rentrent dans aucune structure. Je les lance, avec des partenaires de la Caraïbe et d'ailleurs, et je les porte jusqu'à ce qu'ils tiennent debout.

La Piscine : un bassin vide à transformer en plateau de création, pour tourner, capturer, projeter, répéter. CFCDB : l'annuaire trilingue des équipes du cinéma caribéen, pour rendre visible une filière dispersée entre les îles et les langues. LŪMEN : un réseau pour faire circuler les œuvres et les artistes, de la Martinique au Sápmi.

Et La Cantine du Studio : un chef fictif, des repas réels, chaque fois que je cuisine pour ceux qui travaillent ici. Parce que le travail se fait aussi à table.

La Piscine cherche du soutien : une cagnotte est ouverte

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